Présentation des réponses au questionnaire sur la future politique de l’eau de la métropole de Montpellier

Montpellier, le 13 mars 2020

Il y a plus d’un mois environ, Eau Secours 34 a décidé d’envoyer, à des listes candidates aux élections municipales, un questionnaire sur la future politique de l’eau de la métropole de Montpellier.

Pourquoi un tel questionnaire, alors que la gestion de l’assainissement, de l’eau potable, de l’eau brute, des eaux pluviales, des inondations et des milieux aquatiques sont des compétences qui ont toutes été transférées des communes à la métropole entre 2001 et 2018 ?

Tout d’abord parce que le futur conseil métropolitain va être constitué des maires et de certains élus municipaux et que c’est le président de la métropole avec le conseil métropolitain qui va mener la politique de l’eau de la métropole après les élections municipales. Mais aussi parce qu’il y a beaucoup d’enjeux à venir en 2021 autour de l’eau et que, de manière surprenante, la plupart des programmes des différentes listes n’en parlent pas ou peu.

Nous avons souhaité soumettre le questionnaire à l’ensemble des listes candidates à Montpellier mais aussi à l’ensemble des listes candidates de quelques communes de la métropole. En effet, les élus montpelliérains seront majoritaires au sein du conseil métropolitain et auront donc une responsabilité particulière dans la politique qui sera menée par la métropole. Nous avons choisi les autres communes, soit parce que des membres de Eau Secours 34 y habitent, soit parce qu’il y a dans ces communes des enjeux particuliers concernant la politique de l’eau de la métropole.

Il n’a malheureusement pas été possible de soumettre le questionnaire à l’ensemble des listes envisagées parce que n’avons parfois pas trouvé comment contacter certaines de ces listes. Difficile d’envoyer le questionnaire lorsque la liste n’a ni adresse email ou numéro de téléphone connu, ni local de campagne…

Ainsi sur les 14 listes candidates à Montpellier, nous n’avons pu contacter que 9 d’entre elles, à savoir les listes Saurel, Altrad, Doulain, Ollier, Mancion, Roumegas, Delafosse,Vignal, Larue. Seules 4 listes ont répondues au questionnaire, à savoir les listes Doulain, Ollier, Mancion, Roumegas. La liste Delafosse nous a envoyé un message expliquant ne pas être « en mesure de répondre à toutes les sollicitations faites par mail », surtout « concernant la politique de l’eau qui est un sujet complexe ». Nous avons par ailleurs rencontré 2 des 3 listes qui souhaitaient discuter avec des associations, à savoir les listes Doulain et Ollier. La rencontre avec la liste Altrad n’a pu avoir lieu à cause d’un invraisemblable problème d’emploi du temps, et cette liste n’a pas répondu au questionnaire non plus.

Voici les listes contactées dans chaque commune :

  • Montpellier
    Listes contactées : Saurel, Altrad, Doulain, Ollier, Mancion, Roumegas, Delafosse,Vignal, Larue
    Listes qui on répondu : Doulain, Ollier, Mancion, Roumégas
  • Grabels
    Listes contactées : Revol, Morvan, Heymes
    Listes qui ont répondu : Revol
  • Pérols
    Listes contactées : Rico, Prost, Gianel, Waselynck
    Listes qui ont répondu : Prost, Gianel
  • Villeneuve-les-Maguelone
    Listes contactées : Segura, Negret
    Listes qui on répondu : Negret
  • Prades-le-Lez
    Listes contactées : Lussert, Leroy, Chabbert, Brau
    Listes qui on répondu : –
  • Fabrègues
    Listes contactées : Martinier, Bouhot
    Listes qui on répondu : Bouhot
  • Jacou
    Listes contactées : Calvat
    Listes qui on répondu : Calvat
  • Clapiers
    Listes contactées : Penso
    Listes qui on répondu : Penso
  • Lattes
    Listes contactées : Meunier
    Listes qui on répondu : –
  • Lavérune
    Listes contactées : Caizergues
    Listes qui on répondu : Caizergues

Le questionnaire se présente sous la forme de 11 propositions auxquelles il est demandé de répondre par pour ou contre.

Nous avons veillé à ce que les propositions soient les plus simples et claires possibles, sachant que les élus et futurs élus sont rarement très compétents sur les questions liées à l’eau. Nous avons veillé aussi à ce que les propositions soient raisonnables et n’apparaissent pas comme idéologiques ou jusqu’au-boutistes. Cela n’a pas empêché certaines listes de refuser de répondre.

Il est à noter que certaines listes ont aussi joint au questionnaire un commentaire général ou des commentaires justifiant certaines de leurs réponses.

Le tableau ci-dessous résume les réponses au questionnaire des différentes listes. [n] indique la proposition n ; T indique le nombre total de listes pour une commune, Q le nombre de listes contactées pour une commune et R le nombre de listes contactées qui ont répondu ; P indique les réponses pour et C les réponses contre.

Proposition 1 / Mettre en place une tarification sociale de l’eau pour aider les ménages défavorisés à payer leur facture d’eau.

La tarification sociale faisait partie de la convention d’objectifs liant la régie des eaux à la métropole de Montpellier, avant que cette dernière ne l’enlève de la convention d’objectifs.

Toutes les listes ont répondu pour. De plus, la liste Saurel a mis dans son programme la « Tarification sociale de l’eau, grâce à la régie publique de l’eau ». Nous sommes donc en droit de penser que la tarification sociale sera mise en œuvre pendant la prochaine mandature. Reste maintenant à choisir le mode de tarification sociale. La liste Doulain penche pour le chèque eau basé sur le même principe que le chèque électricité ; la liste Ollier penche pour la gratuité des premiers m³ associée à la progressivité par tranche du prix de l’eau. La liste Altrad a mis dans son programme la baisse de 15 à 20 % du prix de l’eau, ce qui a peu de rapport avec une véritable tarification sociale et mettrait en danger l’économie de la régie qui doit augmenter ses investissements en 2021.

Proposition 2 / Augmenter le nombre de fontaines d’eau potable et de toilettes publiques qui sont actuellement en nombre insuffisant dans la ville.

Ces fontaines et toilettes publiques serviront aussi aux populations précaires non connectées aux réseaux d’eau potable et d’assainissement.

La plupart des listes sont pour à l’exception de la liste Penso (Clapiers) qui est contre, de la liste Caizergues (Laverune) qui s’est abstenue et de la liste Gianel (Pérols) qui est contre les fontaines publiques mais pour les toilettes publiques. Les réticentes, surtout vis-à-vis des fontaines publiques, sont justifies par le présumé gaspillage d’eau que cela entraîne. Or, les fontaines publiques mises en place à Paris ainsi que les 2 mises en place par la régie à Montpellier ne gaspillent pas d’eau. Il faut ouvrir le robinet pour que coule un léger filet d’eau, donc ce n’est utilisable que pour boire sur place. Actuellement, les gens (y compris les sdf) qui souhaitent boire de l’eau le font dans les toilettes des bâtiments de la métropole accessibles au public (ex: les médiathèques). Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas satisfaisant d’un point de vue sanitaire. Davantage de fontaines publiques limiterait aussi les vols d’eau à partir des bornes incendies et des bornes utilisées pour laver la voirie.

Proposition 3 / Modifier la composition du conseil d’administration de la régie des eaux de la métropole de Montpellier de telle sorte que les 13 sur 31 communes de la métropole desservies par la régie aient un représentant au conseil d’administration, et augmenter le nombre de représentants associatifs jusqu’au maximum légal de 49 %.

Actuellement, plusieurs communes desservies par la régie n’ont pas de représentants au conseil d’administration, alors que la présidente de la régie est maire d’une commune non desservie par la régie des eaux. Les représentants associatifs ne sont que 4 sur les 20 membres du conseil d’administration.

La plupart des listes sont pour à l’exception des listes Doulain (Montpellier), Gianel (Pérols) et Caizergues (Lavérune) qui se sont abstenues mais pour des raisons différentes. La liste Doulain considère la méthode de désignation des membres du conseil d’administration comme étant peu démocratique et propose d’en changer.

Proposition 4 / Aider les communes qui souhaitent quitter les syndicats Garrigue Campagne et Bas Languedoc pour rejoindre la régie des eaux, après expiration en 2021 des contrats de gestion de la production et distribution d’eau potable par respectivement Veolia et Suez.

La plupart des listes ont voté pour à l’exception des listes Gianel (Pérols) et Caizergues (Lavérune) qui ont voté contre. Lavérune et Clapiers dépendent actuellement du syndicat garrigue campagne pour l’eau potable. Mais Eric Penso, le maire sortant de Clapiers qui se représente, a toujours demandé que sa commune rejoigne la régie des eaux dès que possible, à la différence de Roger Caizergues, le maire sortant de Lavérune qui se représente également. La métropole de Montpellier est en représentation/substitution dans le conseil d’administration des 2 syndicats. Cela veut dire que si une commune de la métropole souhaite quitter un syndicat, c’est à la métropole qui a la compétence eau pour cette commune d’en faire la démarche. La liste Gianel parle d’une « ingérence inconcevable », alors que l’ingérence inconcevable serait que la métropole refuse d’entreprendre ces démarches, car Clapiers n’est pas la seule commune dans ce cas.

Proposition 5 / Renforcer la régie des eaux en mettant un terme aux quelques contrats de sous-traitance qui restent.

La régie des eaux sous-traite à Veolia la facturation et le service aux usagers jusqu’en 2021, et sous-traite à BRL l’essentiel de l’activité de distribution d’eaux brutes (irrigation etc).

La plupart des listes sont pour à l’exception des listes Gianel (Pérols) et Caizergues (Lavérune) qui se sont abstenues. Ces 2 listes craignent un dérapage financier et demande un audit préalable que la régie a déjà fait réaliser par un bureau d’études il y a plus d’un an. La question ne se pose même plus puisque le directeur de la régie a annoncé l’internalisation totale de la facturation et partielle du service aux usagers à expiration du contrat de sous-traitance avec Veolia, suivant en cela les recommandations du bureau d’études. Et pour que cela soit parfaitement clair pour tout le monde, la proposition ne demande pas à mettre fin à la passation de marchés publics pour des prestations diverses comme les travaux de btp sur les infrastructures (ex: étage 105 de surpression). Ce serait évidemment totalement stupide.

Proposition 6 / Faire gérer le service assainissement par une régie publique après expiration en 2021 des 3 contrats de gestion privée attribués à Veolia et Aqualter.

La régie publique permettrait à la métropole de reprendre progressivement la main sur l’assainissement, avec à terme une moindre dépendance vis-à-vis des entreprise privées, un meilleur contrôle technique et une plus grande maîtrise des coûts.

La plupart des listes sont pour à l’exception de la liste Gianel (Pérols) qui est contre et de la liste Caizergues (Lavérune) qui s’est abstenue bien que plutôt favorable.

Proposition 7 / Profiter de l’annulation du marché public de modernisation/extension de la station d’épuration Maera pour revoir l’analyse coût-bénéfice du projet qui repose sur le schéma directeur assainissement de 2004 rendu largement obsolète par le changement climatique et l’imperméabilisation intensive des sols.

De plus, le bilan de l’exploitation de Maera par Veolia est nettement moins bon que ce que nous dit la métropole. Le nouvel appel d’offres doit prendre en compte une réévaluation de ce bilan.

La totalité des listes sont pour à l’exception de la liste Penso (Clapiers) qui s’est abstenue. Plusieurs liste proposent en commentaires que l’extension de Maera soit abandonnée au profit de la construction de petites stations d’épuration dans des communes au nord de Montpellier.

Proposition 8 / Rendre plus transparentes la gestion des eaux pluviales et la lutte contre les inondations.

Les contribuables doivent savoir combien ils paient d’impôts locaux pour ces services publics à caractère administratif et doivent pouvoir estimer la qualité du service rendu.

La totalité des listes sont pour.

Proposition 9 / Arrêter d’urbaniser dans les zones où l’imperméabilisation des sols augmentera fortement le ruissellement des eaux de pluie et le risque d’inondation.

Actuellement, beaucoup de projets immobiliers s’accompagnent d’aménagements hydrauliques (bassins de rétention, digues…) afin de réduire ruissellement et risque d’inondation. Indépendamment de leur coût et de leur manque d’efficacité face aux épisodes pluvieux méditerranéens, ces aménagements ajoutent du béton au béton.

La totalité des listes sont pour à l’exception de la liste Caizergues (Lavérune) qui s’est abstenue. Plutôt que d’arrêter l’urbanisation, la liste Caizergues propose de « limiter et maîtriser l’urbanisation », en développant « les techniques alternatives au tout béton », en redonnant de « la perméabilité aux sols ». On ne peut pas dire que cela soit un grand succès dans les villes où c’est pratiqué, y compris dans certains quartiers de Montpellier.

Proposition 10 / Créer un observatoire de l’eau regroupant élus, institutionnels, experts, associations environnementales et d’usagers pour réfléchir et faire des propositions sur la politique de l’eau de la métropole de Montpellier, et être un lieu d’échange et de sensibilisation des habitants sur cette politique.

Un observatoire de l’eau avait été créé par la métropole avant d’être supprimé un an plus tard par cette dernière.

La totalité des listes sont pour.

Proposition 11 / Préserver les étangs et zones humides des pressions liées à l’urbanisation du littoral et au tourisme de masse.

Les étangs et zones humides du littoral sont non seulement une réserve importante de biodiversité mais contribuent aussi à maintenir un bon état des masses d’eau et à lutter contre le risque d’inondation, toutes choses qu’une urbanisation et un tourisme de masse non maîtrisés mettent en danger.

La totalité des listes sont pour.

Carnon: pluies et lido

 

1/ Le phénomène naturel

Pour savoir ce qui se passe sur un lido quand il pleut, regardons comment se crée un lido.

Un lido est une bande de terre, majoritairement sableuse, entre lagune et mer. Cette bande de terre se crée lorsque que le plateau continental s’enfonce doucement dans la mer.

Les petits cours d’eau côtiers, lors de leurs crues, amènent à la mer de grandes quantités de sédiments. Ceux-ci n’étant plus soumis à leurs forces torrentueuses, ont tendance à se déposer, ils sont alors repris par les courants marins qui les trient selon leur granulométrie.

De ce triage s’édifie, peu à peu, une ligne d’équilibre entre les matériaux repoussés par les eaux marines et celles venues du continent proche. Les tempêtes « côté mer », repoussent du sable et des galets. Côté lagune, on trouve plutôt des sables riches en matières organiques.

Lorsque ces éléments émergent, ils sont repris par les vents qui créent des dunes. Ces dunes reposent donc sur un substrat salé.

Quand il pleut sur les dunes, celles-ci se dessalent progressivement. L’eau de pluie qui les traverse va ensuite à la mer, ou essaye de pénétrer plus profond que la ligne du niveau de la mer; mais là, il y a blocage, car les terrains du sous-sol sont gorgés d’eau salée puisqu’ils se sont déposés au fond de la mer. L’eau salée étant plus dense que l’eau douce, il n’y a pas mélange. Tout au plus peut-il se créer une lentille d’eau douce sous une partie des dunes.

C’est dans cette lentille que s’alimente la végétation. Ceci explique la rareté des grands arbres sur le lido entre Palavas et le Grau du Roi, et explique pourquoi le Bosquet de Carnon est devenu « Site Classé », car ses grands arbres le faisaient considérer comme un amer, au début du 20ème siècle.

Palavas est un village ancien, car il bénéficie d’une source minérale. A Carnon, au 19ème siècle, les douaniers n’avaient qu’une pompe à main, pour s’abreuver dans cette lentille d’eau douce.

2/ Urbanisation et pluie

Les première routes ont été construites en sommet du cordon dunaire (avenue Grassion Cibrand, rue Bassaget) ou en bordure de canal. La pluie, qui tombait dessus, s’évacuait vers la mer, le canal, ou les étangs. Lors de l’aménagement du port de Carnon au début des années 70, il n’a pas été envisagé un aménagement du pluvial par la Société d’aménagement du département de l’Hérault. Il est vrai que les lotissements des « enclos » n’étaient pas en chantier; c’était encore des marais et lors de leur construction par une société locale, la question n’a pas été posée. Si bien que maintenant, lors de fortes pluies la mairie-annexe et l’école sont inondées. Il en est de même à Carnon-Ouest.

Mais les routes et les immeubles cloisonnent le sous-sol du lido et donc piègent la lentille d’eau douce. Celle-ci ne peut que s’évaporer ou gonfler sur place. Si elle s’évapore, c’est le sel qui va remonter par capillarité. Si elle gonfle, voir plus bas.

Le Carnon urbain actuel se développe entre 1,50m NGF et 3,00m NGF d’altitude. La variation quotidienne du niveau de la mer peut atteindre 0,50m, ce qui fait supposer que la base de la lentille d’eau douce se situe aux environs de 0,5m NGF. Les plantes ont donc 1 à 2 mètres pour développer leur système racinaire. On comprend alors pourquoi les platanes des parkings, près du centre administratif, font ressortir leurs racines du goudron ! Cette zone a été créée sur un marais salé, lui-même remblayé par les vases et sables du fond de l’ancien étang de Solignac, qui est devenu l’aile Est du port actuel.

Pour essayer d’y remédier la commune a décidé, lors du renouvellement du revêtement des rues, de créer des avaloirs (trous d’un demi-mètre cube dans les chaussées). Ces avaloirs sont facilement bouchés par le sable, qui envahit les rues, et les effluents chargés de ciment venus des chantiers voisins. Ecologiquement, cela peut sembler mieux, puisque le lessivage des chaussées ne part plus directement à la mer sans épuration, et c’est le sous-sol qui filtre…

Mais c’est une demi-mesure qui a des conséquences catastrophiques : elle provoque l’effondrement de tout le lido !

La Grande Motte a conçu, dès l’origine, un réseau pluvial et des stations de relevage; il en existe actuellement 32. Palavas s’équipe progressivement, il y a actuellement 8 stations de relevage. A Carnon, il n’existe aucun réseau pluvial et aucune station de relevage.

3/ Les catastrophes

Septembre 2014

Inondation de l’école et de la mairie-annexe, Carnon-Centre
Inondation Carnon-Ouest avec 1,12 m d’eau rue des Quatre Fondateurs

Printemps 2018

Après un hiver pluvieux, mais suite à des jours sereins, apparition d’un chenal à travers la plage des Roquilles à Carnon-Ouest. Cette darse perpendiculaire au rivage, barrant près de la moitié de la largeur de la plage avait une largeur d’environ 8 à 10 mètres. Sur place, on pouvait constater qu’aucune trace d’engin de terrassement n’était présente sur la plage ou en mer; il n’y avait pas eu de criblage de la plage le matin même. La limite entre l’eau et le sable se faisait par une microfalaise d’effondrement du sable. Le fond de l’eau de la darse était tapissée de petits cailloux, de galets et de petits bouts de maçonnerie, alors que le sable de la plage en est presque dépourvu. Que s’était-il donc passé pendant la nuit ? Ensuite, la darse s’est déplacée vers l’Est en perdant progressivement de la largeur et de la longueur, la dérive littorale faisant son œuvre.

Pour que se crée un tel chenal, enlevant et triant les matériaux les plus fins, la seule possibilité est la présence nouvelle d’un courant d’eau. Cette zone est au droit du parking des Roquilles, qui tout l’hiver a collecté les eaux de pluies, la lentille d’eau douce a gonflé jusqu’à arriver, enfin, à trouver une issue vers la mer, et là il s’est établi un siphon entre la lentille d’eau douce et la mer plus basse. C’est ce siphon qui a creusé la darse et a permis la vidange brusque de toute l’eau douce, mais aussi d’une partie du terrain imbibé (L’espace concerné étant vaste, l’auteur n’a pu constater d’effondrement spécifique). Noter que la plupart des arbres, plantés quelques années auparavant, sont morts, l’arrosage automatique ayant été arrêté au bout de deux ans, et s’il n’y a plus d’eau douce, l’évaporation fait remonter le sel sous-jacent.

Depuis au moins 2006

Le « Site Classé » du Jardin du Bosquet illustre l’effondrement des terrains sous l’action d’une lentille d’eau douce trop importante.

Voyons les faits. Une canalisation a été creusée entre le réseau d’eau potable de la rue du Vieux Village et le Bosquet. Elle aboutit dans une buse, fermée par une grille, ressemblant à celle des avaloirs, mais se situant dix centimètres au-dessus du sol du Bosquet – l’eau de ruissellement ne peut donc y entrer. Cette buse est généralement pleine d’eau, jusqu’à 20cm du bord supérieur. Mais d’un jour à l’autre, toute l’eau peut disparaître, sans qu’il n’y ait de corrélation avec la météo.

Cette canalisation a probablement pour but d’éviter les « coups de béliers » dans le réseau d’eau potable, lorsque la consommation cesse brusquement. En réunions publiques, le maire n’a pas répondu sur le fonctionnement de cette buse. Néanmoins depuis cette date on a pu observer successivement :

  • la pousse spontanée de peupliers grisards, aux alentours de la buse
  • leur développement rapide avec de nombreuses branches cassantes
  • l’excavation spontanée du sol entre leurs racines
  • l’effondrement du sol devant le banc le plus proche
  • l’effondrement du sol devant le banc suivant
  • l’effondrement du banc lui-même, le siège se retrouvant à 12 cm des racines
  • l’effondrement du banc voisin
  • le retournement du banc au pied du platane au bord de la dune
  • le penchement du platane emblématique du Bosquet de par sa taille et son entrelac de branches

Ainsi, on observe un effondrement général du sol du Jardin du Bosquet. Dans les années 70, la municipalité avait créé en son centre une large plaque goudronnée au creux des dunes, dans le but de pouvoir installer des sièges pour le cinéma en plein air. Actuellement, cette plaque de goudron domine tout une plaine herbeuse, au Nord et à l’Ouest du parc. Où est passé le terrain disparu ? Si on observe que le mur de clôture, édifié par les Ponts et Chaussées au début du 20ème siècle, présente des fissures à l’angle Nord-Est, il est vraisemblable que les eaux du parc s’écoulent régulièrement dans le canal, en emportant le substrat du terrain – contribuant, de plus, à l’envasement du canal et du port !

Lire aussi Un dialogue de sourds avec l’agglomération du Pays de l’Or

Décembre 2019

On aurait pu espérer que, peu à peu, la municipalité ait intégré les principes exposés ci-dessus. Il n’en est rien au vu des travaux entrepris à Carnon-Ouest dans le triangle rue Bassaget / rue du jeu de boules / rue des Quatre Fondateurs. Depuis le siècle dernier, ce triangle est utilisé par les joueurs de boules. Il y a quelque temps la municipalité a voulu officialiser cet espace voué à la pétanque. Elle l’a délimité par des rondins de bois (pour éviter que les boules roulent sur les chaussées) et a fait réaliser un substrat fin. Mais le revêtement était constitué d’argile fine, si bien que le terrain devenait impraticable, dès qu’il pleuvait. Les boulistes (dont un conseiller municipal de la majorité) ont donc migré de cent mètres sur un espace « sauvage » mais drainé naturellement.

Les travaux engagés en décembre ont consisté à :

  • Décaper la couche superficielle d’argile fine et les rondins
  • Creuser d’un mètre toute la surface du terrain
  • Evacuer le sable creusé d’origine dunaire (pas un caillou, pas un coquillage sur toute la surface) à la décharge de la Madeleine au pied de la Gardiole (coût transport + mise en décharge), alors que ce sable aurait été si utile au Bosquet ou au Petit Travers, pour compenser la dérive littorale
  • Disposer dans la cavité des drains de 30 cm de diamètre, la reliant aux avaloirs voisins, des 2 côtés des rues
  • Remplir la cavité de cailloux de type « ballast » ou « hérisson »
  • Recouvrir ce ballast d’un géotextile, lui-même recouvert de gravillons

On obtient ainsi un système qui, au lieu de drainer un terrain, concentre l’eau de pluie, en poches, en sous-sol, et ceci dans des zones très restreintes, subissant la circulation automobile.

Il y a de fortes probabilités pour que l’eau emporte une partie des terrains (comme ceux du Bosquet), que des siphons se créent vers la mer comme sur la plage des Roquilles, et qu’à terme les constructions voisines soient atteintes dans leurs fondations, que les canalisations des réseaux fuient, que le gaz se répande dans les drains, les poches excavées et les gaines, jusque dans les habitations… et provoquent des explosions !

En conclusion

Le propos peut paraître trop alarmiste mais d’autres témoignages peuvent être apportés sur la non-prise en compte de la spécificité d’une ville implantée sur un cordon littoral. La situation est aussi alarmante sur les rues du Mistral et du Grégaou, au Nord du port.

Janvier 2020
Christine Combarnous, géographe – urbaniste
65 rue Samuel Bassaget 34130 Carnon
christine.combarnous (at) orange.fr

Communiqué de presse sur l’annulation du marché public de modernisation/extension de Maera

Eau Secours 34 prend acte de la décision de Philippe Saurel, président de la métropole de Montpellier, d’annuler le marché public d’extension/modernisation de la station d’épuration Maera, mais regrette que cette décision ait été prise aussi tardivement. Philippe Saurel a avancé deux raisons différentes à cette décision, d’une part l’inadéquation de ce marché public avec la récente déclaration d’urgence climatique de la métropole lors du conseil métropolitain du 18 novembre 2019 et d’autre part la crainte d’invalidation de ce marché public par la justice à cause d’une fuite d’informations confidentielles par la plateforme informatique qui traite les appels d’offre de la métropole lors de la conférence de presse du 20 novembre 2019 .

Depuis des mois et à travers la concertation préalable et l’enquête publique, Eau Secours 34, FNE LR et plusieurs autres associations environnementales et d’usagers n’ont eu de cesse d’expliquer que le projet de modernisation/extension de Maera ne répondait pas de manière satisfaisante aux enjeux environnementaux, sanitaires et économiques et de demander qu’il soit revu. La métropole n’a tenu compte d’aucune de ces remarques, ce qui aurait évité d’annuler le marché public au dernier moment avec les conséquences fâcheuses que cela entraîne. En effet, la métropole va devoir, d’une part indemniser Veolia et Suez, entreprises retenues en short list par la procédure d’appels d’offres, ainsi que les bureaux d’études ayant assuré l’assistance à maîtrise d’ouvrages, pour un montant qui devrait dépasser les 500000 euros, et d’autre part relancer un nouvel appel d’offres retardant d’au moins un an et demi la réduction des rejets d’eau usées non traitées dans le Lez en période de pluie et l’élimination des nuisances olfactives des riverains de Maera.

Le marché public annulé, d’un montant de 109 millions d’euros, comportait à la fois la modernisation/extension mais aussi l’exploitation de Maera pendant la période des travaux, offrant un avantage économique certain à l’exploitant actuel de Maera, à savoir Veolia, par rapport aux autres entreprises candidates répondant à l’appel d’offres. Comme l’a dénoncé Eau Secours 34 depuis que l’appel d’offres est connu, cette distorsion de concurrence associée à la complaisance dont a toujours fait preuve la direction eau et assainissement de la métropole à l’égard de Veolia, faisait courir le risque d’une procédure de référé engagée contre la métropole par les entreprise candidates écartées au profit de Veolia. Les explications pas très claires de Philippe Saurel lors de la conférence de presse le confirment, indépendamment de l’amateurisme dont ont fait également preuve les services administratifs de la métropole dans cette affaire.

Eau Secours 34 sera bien évidemment très vigilant sur le contenu et le coût du nouveau marché public, en espérant que l’annulation du marché actuel ne soit pas qu’un effet d’annonce d’un candidat aux élections municipales cherchant à se verdir pour couper l’herbe sous le pied de ses adversaires politiques.

La gestion des eaux pluviales urbaines, un service public local essentiel et méconnu

Eau Secours 34 a organisé une conférence-débat sur la gestion des eaux pluviales urbaines, à La Carmagnole de Montpellier le jeudi 27 juin 2019, avec comme intervenants Marc Laimé, journaliste et consultant sur les politiques publiques de l’eau auprès de collectivités locales et Thierry Uso, membre du conseil d’administration de la Régie des Eaux de Montpellier Méditerranée Métropole.

La gestion des eaux pluviales urbaines est un service public local qui joue un rôle essentiel dans la cité de par ces liens avec l’assainissement, l’urbanisme, la voirie, les déchets et la prévention du risque d’inondation. Selon le Code Général des Collectivités Territoriales, le régime juridique de la gestion des eaux pluviales urbaines est celui d’un service public administratif (SPA) et son financement relève donc du budget général de la collectivité locale (impôts locaux). Il n’en demeure pas moins un service public local méconnu des contribuables et dont le financement et le fonctionnement ont toujours été opaques.

Après avoir retracé l’histoire peu connue de ce service public local, Marc Laimé a présenté les défis sociaux, économiques et environnementaux que pose la nécessaire réforme de la gestion des eaux pluviales. Puis Thierry Uso a décrit comment Montpellier Méditerranée Métropole met en place son service de gestion des eaux pluviales dont elle a pris la compétence aux communes depuis le 1er janvier 2016, ainsi que les difficultés auxquelles elle est confrontée entre le développement urbain qu’elle souhaite et les pluies extrêmes qui frappent régulièrement la région méditerranéenne.

 


Film réalisé par Serge Tostain, membre de Eau secours 34