Avis de Eau Secours 34 déposé le 13 juin 2026 sur le site web de la concertation publique
L’incinération de combustibles solides de récupération (CSR) est la moins mauvaise des solutions pour éliminer les déchets issus des encombrants et refus de tri des collectes sélectives des ordures ménagères (ou plus exactement pour réduire fortement leurs tonnages envoyés en enfouissement). Mais encore faut-il prendre un certain nombre de précautions dont la principale est de localiser l’incinérateur CSR (appelé chaufferie CSR dans le document d’Urbaser soumis à avis) dans une zone peu ou pas urbanisée. Ce n’est pas le cas dans le projet confié à Urbaser de refonte du traitement des ordures ménagères de la métropole de Montpellier : l’unité dite TVD (Tri pour Valorisation des Déchets) qui produit les CSR à partir des encombrants et refus de tris et la chaufferie CSR seront sur le site d’Ametyst au côté de l’unité Biométhane « modernisée » pour l’occasion, en plein quartier Garosud – Les Grisettes.
Pourquoi il ne faut pas implanter une unité d’incinération/chauffage CSR en plein quartier
Les CSR issus entre autres du broyage de plastiques, textiles, bois et pneus usagés libèrent dans l’atmosphère, après incinération, des composés volatiles toxiques que les riverains ne devraient pas inhaler : HCl, HF, SO2, NOx, CO, cadmium, mercure, dioxines, furanes, PFAS et TFA… L’Arrêté du 23 mai 2016 sur les installations de production de chaleur à partir de CSR, Annexe I, fixe les valeurs limites de rejets atmosphériques à ne pas dépasser pour les composés listés ci-dessus à l’exception des PFAS et TFA qui sont ignorés. Lorsque ces valeurs sont dépassées, l’opérateur de l’unité d’incinération/chauffage CSR (Urbaser) doit mettre en place des procédés de traitement des fumées avant rejet dans l’atmosphère afin de passer en dessous de ces valeurs. Par exemple, le SNCR (système non catalytique de réduction des NOx) en injectant de l’ammoniac dans les fumées à une plage de température située entre 850 et 1050°C transforme au mieux 80 % des NOx en N2 et H2O. Les autres procédés pour réduire la quantité des autres composés volatiles dans les fumées sont moins efficaces et beaucoup plus coûteux.
Qu’est-ce que nous dit Urbaser à ce sujet ? Pas grand-chose : Le projet va mettre en place « un dispositif de traitement des fumées respectant en tous points les «Meilleures Techniques Disponibles», et prévoit ainsi des niveaux d’émissions bien plus stricts que les valeurs limites d’émission ». Rien sur la température d’incinération des CSR et le pouvoir calorifique inférieur (PCI) attendu, rien sur les PFAS et TFA, rien sur les meilleurs techniques disponibles qui seront mises en place… En résumé, Urbaser nous assure que tout est (ou sera) sous contrôle mais sans nous expliquer comment. Difficile de faire moins transparent dans le document d’Urbaser dont l’objectif n’est pas de nous informer mais de nous « vendre » son projet en rassurant les riverains d’Ametyst.
La véritable raison de l’abandon par Urbaser du scénario de création de l’unité CSR en zone peu urbanisée
Il a été décidé que les 2 bâtiments constituant l’unité CSR (celui du TVD et celui de la chaufferie CSR) seront construits sur une parcelle jouxtant l’usine actuelle d’Ametyst. De nouveaux bâtiments et équipements permettant une méthanisation et une fabrique de compost en plus grande quantité et plus performante seront construits quant à eux sur la parcelle de l’usine actuelle d’Ametyst. La disponibilité du foncier et la proximité des réseaux de bio-méthane et de chaleur sont donc la vraie raison de construire l’unité CSR sur le site d’Ametyst, puisqu’aucun bâtiment et aucun équipement de l’actuelle usine d’Ametyst ne seront conservés dans le projet d’Urbaser.
Il est difficile de croire qu’il n’existe pas sur le territoire de la métropole de Montpellier des zones de garrigue fortement dégradée par des incendies ou des dépôts sauvages de déchets et des friches industrielles et agricoles qui pourraient accueillir l’ensemble métropolitain du système de traitement des ordures ménagères, unité CSR comprise, et cela à une distance pas trop éloignée de réseaux de bio-méthane et de chaleur. L’argument d’Urbaser sur les nuisances liées au transport du combustible vers la chaufferie CSR ne tient plus dans ce cas. De fait, il s’agit avant tout d’un choix politique : soit le conseil métropolitain se préoccupe d’abord de la santé des riverains d’Ametyst, soit il souhaite laisser la main libre aux promoteurs immobiliers pour urbaniser aux endroits qu’ils leur conviennent. L’adoption du PLUi et surtout sa révision qui va suivre ne laissent aucun doute sur le choix fait.
Un système de traitement des ordures ménagères coûteux et peu vertueux
Selon Urbaser et la métropole de Montpellier, la capacité de traitement des ordures ménagères (et donc son coût) doit être augmentée pour tenir compte de la croissance démographique prévue dans les prochaines années sur le territoire métropolitain. La métropole de Montpellier affirme aussi vouloir augmenter le recyclage et inciter les habitants à réduire leurs ordures ménagères. Une croissance démographique moins élevée que prévue couplée aux bonnes pratiques décrites ci-dessus pourrait alors limiter significativement l’augmentation du volume d’ordures ménagères à traiter, remettant en cause la viabilité économique (et les profits) de la délégation de service publique d’Urbaser. Les infrastructures de ce type de système de traitement des ordures ménagères ont une durée de vie d’environ 25 ans, et pendant ces 25 ans il faudra coûte-que-coûte traiter un volume d’ordures ménagères en adéquation avec la capacité de traitement pour que cela soit rentable. La nécessité de fournir à Urbaser des ordures ménagères en quantité suffisante n’incitera pas la métropole de Montpellier à développer autant qu’elle le devrait les pratiques vertueuses de réduction des ordures ménagères.