Le 24 mars 2026, une nouvelle étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) confirmait les résultats de plusieurs études d’origines diverses publiées ces dernières années : les français de toute tranche d’âge sont de plus en plus exposés au cadmium, un métal lourd extrêmement toxique, et ils l’accumulent dans leur organisme à des concentrations sans précédent. La France est avec l’Irlande et la Pologne le pays de l’Union européenne où ces concentrations sont les plus élevées.
La toxicité du cadmium
Le cadmium est à la fois cancérigène et reprotoxique. Il est impliqué dans les maladies cardiovasculaires et les inflammations hépatiques, ainsi que dans la survenue de cancers du rein, de la vessie et de la prostate. Il est associé à des troubles de la fertilité, tant chez l’homme que chez la femme. Il est également soupçonné de contribuer à la forte hausse de l’incidence du cancer du pancréas observée en France (entre 3 et 4 fois supérieure à la moyenne européenne).
La pollution de l’environnement par le cadmium
Le cadmium est naturellement présent dans la croûte terrestre à l’état de traces. Mais l’agriculture et l’industrie ont entraîné son accumulation dans les sols et les eaux : l’agriculture par l’utilisation d’engrais phosphatés et les effluents d’élevage, l’industrie par les rejets et déchets de la métallurgie, de la production de batteries ou de plastiques, de l’extraction minière… A cela il faut ajouter la libération de cadmium dans l’eau par la corrosion de canalisations en acier galvanisé vieillissantes. Le cadmium est présent dans l’air uniquement sous forme particulaire (oxyde et sels de cadmium). Le cadmium à l’état métallique n’est pas soluble dans l’eau mais ses sels le sont plus ou moins; il est relativement mobile dans les milieux aquatiques sous forme de cations hydratés ou de complexes organiques ou inorganiques.
D’après l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), les engrais phosphatés seraient à l’origine de 60 à 75 % des concentrations de cadmium dans les sols. Les roches phosphatées utilisées dans la fabrication des engrais commercialisés en France proviennent principalement de gisements sédimentaires à forte teneur en cadmium situés au Maroc. En juin 2025, l’Office Chérifien des Phosphates (OCP) certifiait “Low Cadmium Labelled” ses engrais phosphatés exportés vers l’Union européenne mais demandait un délai pour ajuster sa chaîne de production. Malgré cette certification permettant de sécuriser l’accès de l’OCP au marché européen, les engrais phosphatés commercialisés en France contiennent encore beaucoup trop de résidus de cadmium.
Une fois dans le sol, le cadmium va polluer les eaux souterraines et superficielles par infiltration et ruissellement des eaux pluviales.
Les racines des plantes absorbent le cadmium lorsqu’il est présent dans l’eau du sol (eau verte). Les plantes absorbent le cadmium bien qu’il soit toxique pour elles parce qu’elles le confondent avec le magnésium dont elles ont besoin. Une fois absorbé, le cadmium se distribue dans les différentes parties de la plante et donc dans les parties consommées en alimentation humaine et animale. D’après l’INRAE, la capacité à accumuler le cadmium est variable selon la plante.
L’ANSES a publié en janvier 2026 la liste des aliments les plus contaminés au cadmium : pain raffiné ou complet, céréales pour petit déjeuner, légumes et pommes de terre, confiseries et chocolat, crustacés et mollusques, et abats. Une fois ingéré, le cadmium s’accumule dans les reins, le foie et les os et y restent de nombreuses années, comme les “pollueurs éternels” que sont les PFAS. Les agriculteurs épandent très souvent des engrais phosphatés en phase de germination des céréales, du maïs, des betteraves, des légumes, des pommes terres, ce qui explique pourquoi le cadmium se retrouve dans les aliments cités ci-dessus.
Nous ingérons aussi du cadmium quand nous buvons de l’eau potable bien qu’en moins grande quantité que par notre alimentation. La limite de qualité du cadmium dans les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH) est fixée à 5 µg/L et son seuil de détection est actuellement de 0,01 µg/L. La limite de qualité du cadmium est aussi de 5 µg/L dans les eaux brutes. Mais fixer une limite de qualité n’a pas beaucoup d’intérêt puisque le cadmium s’accumule dans nos organismes tout au long de notre vie.
Le cadmium a été quantifié dans les urines de 100 % des adultes et des enfants lors de chaque campagne de mesures réalisées par l’ANSES et celle-ci constate des concentrations toujours croissantes.
La valeur limite de concentration est de 25 µg/L pour les eaux usées en entrée et les eaux usées traitées en sortie de station d’épuration.
Une pollution par le cadmium variable selon les régions françaises
La première carte ci-dessus a été établie par simulation à partir d’un nombre limité d’endroits où le sol a été effectivement prélevé et analysé (voir deuxième carte ci-dessus). Indépendamment de ces biais, cette carte du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM, pilote du GIS Sol) montre que la pollution des sols par le cadmium est variable selon les régions et au sein d’une même région.
L’Occitanie est une des régions dont les sols sont les plus pollués par le cadmium. Déterminer les causes de cette pollution à l’échelle plus fine des intercommunalités permet d’évaluer les risques qu’elle fait courir sur la qualité chimique des eaux et la santé des êtres vivants. Une fois les causes de la pollution des sols par le cadmium connues, il est alors plus facile d’envisager des mesures de lutte contre la pollution des sols et des eaux et de protection de la santé des êtres vivants.
En Occitanie comme dans d’autres régions françaises, la pollution par le cadmium de l’air, des sols et des eaux est principalement d’origine anthropique; elle résulte entre autres des activités minières passées et présentes ainsi que de l’usage d’engrais phosphaté par l’agriculture.
Les roches du sous-sol des Pyrénées et du sud du Massif Central (notamment la Montagne Noire) contiennent du cadmium. L’extraction minière et la métallurgie font remonter ce cadmium en surface en le concentrant. Quatre mines qui ne sont plus exploitées aujourd’hui sont connues pour avoir laissé des déchets miniers et métallurgiques contenant du cadmium polluer sols et eaux : l’ancienne mine de tungstène de Salau (Ariège), l’ancienne mine d’or de Salsigne (Aude), l’ancienne mine de zinc, argent et germanium de Saint-Salvy (Tarn) l’ancienne mine de plomb et zinc de la Croix-de-Pallières (Gard). A Salau, les concentrations de cadmium dans les sols et les eaux sont telles que l’agriculture y est interdite de même que la consommation des poissons péchés en rivière et des légumes des jardins potagers. Ce sont les sols de ces 4 anciens sites miniers qui présentent les plus fortes concentrations en cadmium d’Occitanie dont certaines sont même supérieures à la valeur limite de concentration qui est de 2 mg/kg de matière sèche.
La viticulture, principale culture dans la partie Est de l’Occitanie, utilise moins de fertilisant phosphaté (minéral et organique) que la maïsiculture dans la partie Ouest de l’Occitanie. Par contre, depuis la fin du XIXème siècle, la viticulture utilise la bouillie bordelaise à base de sulfate de cuivre comme fongicide à des doses pas toujours raisonnables; il en résulte une pollution plus importante des sols par le cuivre que par le cadmium sur le pourtour méditerranéen de l’Occitanie.
La pollution par le cadmium des eaux, des sédiments et du biote des lagunes méditerranéennes s’effectue à la fois par transport atmosphérique longue distance, apports des cours d’eau et ruissellement des eaux pluviales sur des sols contaminés.
Données à compléter au fur et à mesure
1. Eaux brutes et eaux destinées à la consommation humaine
Analyse 2025 par BRL de l’eau du Rhône : concentration moyenne en cadmium 0,75 µg/L (max 1 µg/L) avec un seuil de détection de 0,01 µg/L pour les 67 prélèvements
Métropole de Montpellier
en attente
Métropole de Nîmes
en attente
Métropole de Toulouse
Analyse 2020-2025 de l’eau brute en entrée des 3 usines de potabilisation : concentration moyenne en cadmium 0,0114 µg/L (max 0,3 µg/L) avec un seuil de détection de 0,01 µg/L ou 0,05 µg/L pour les 216 prélèvements
Analyse 2020-2025 de l’eau distribuée aux robinets des consommateurs : concentration moyenne en cadmium 0,0043 µg/L (max 0,3 µg/L) avec un seuil de détection de 0,01 µg/L ou 0,05 µg/L pour les 157 prélèvements
2. Eaux usées traitées
Métropole de Montpellier
Analyse en 2022-2023 des eaux usées en entrée et des eaux usées traitées en sortie de la station d’épuration Maera : concentration en cadmium non quantifiable car inférieure au seuil de détection.
Analyse en 2022-2023 des eaux usées en entrée et des eaux usées traitées en sortie de la station d’épuration de Villeneuve-les-Maguelone : concentration en cadmium non quantifiable car inférieure au seuil de détection.
Métropole de Nîmes
en attente
Sète
Analyse en 2022-2025 des eaux usées en entrée et des eaux usées traitées en sortie de la station d’épuration des Eaux Blanches : concentration en cadmium non quantifiable car inférieure au seuil de détection.
Métropole de Toulouse
en attente
Les propriétés physico-chimiques du cadmium expliquent pourquoi il est indétectable dans eaux usées traitées et non traitées des stations d’épuration. En effet, la quasi-totalité du cadmium va se retrouver piégé dans les boues d’épuration. Il faut donc contrôler les émissions de cadmium dans l’environnement lors de l’épandage de ces boues ou leur incinération (par une unité de valorisation énergétique par exemple).
3. Lagunes méditerranéennes
Contamination au cadmium des sédiments des lagunes méditerranéennes
La concentration en cadmium des sédiments des lagunes méditerranéennes en 2023 est inférieur à 1,2 mg/kg de poids sec, valeur minimale d’effet écotoxicologique; mais elle est supérieure à la concentration moyenne nationale.
La concentration en cadmium dans la chair des mollusques des zones conchylicoles des lagunes méditerranéennes mesurée entre 2022 et 2024 est inférieure à 1 mg/kg de poids frais, seuil de contamination sanitaire : 0,088 mg/kg de poids frais des huitres de l’étang de Leucate; 0,081 mg/kg de poids frais des moules de l’étang du Prévost; 0,13 mg/kg de poids frais des moules et huitres de l’étang de Thau. Bien que ne déclenchant pas d’interdiction de commercialisation de la production conchylicole, cette contamination diffuse et persistante au cadmium est néanmoins inquiétante.
Un usage du cadmium en baisse mais une pollution persistante
Le cadmium et ses composés ne peuvent plus être utilisés dans les plastiques lorsque leur concentration (exprimée en cadmium métal) est égale ou supérieure à 0,01 % en poids (réglement REACH, 2012).
Le cadmium et ses composés ne peuvent plus être utilisés dans les peintures lorsque leur concentration (exprimée en cadmium métal) est égale ou supérieure à 0,01 % en poids (réglement REACH, 2016).
Les batteries Ni-Cd des accumulateurs grand public (appelés communément piles rechargeables) sont interdites dans l’Union européenne depuis la directive 2006/66/CE et sont remplacées par les batteries Li-ion beaucoup plus performantes. Les batteries Ni-Cd des accumulateurs industriels sont quant à elles progressivement remplacées par d’autres technologies dans les domaines médical et militaire mais continuent d’être utilisées lorsque la protection des personnes est en jeu : sécurité aéronautique, sécurité ferroviaire, sécurité des réseaux d’accès télécoms et énergie. La réglementation impose que les accumulateurs industriels usagées soient confiés à un site de traitement agréé qui va recycler le cadmium à quasiment 100 %. Le cadmium recyclé permet ainsi à la France de ne presque plus importer de cadmium de l’étranger pour les rares usages où ce métal lourd reste indispensable. D’ailleurs le cadmium ne fait pas partie des matières premières considérées comme critiques et stratégiques par l’Union européenne. Cependant, les batteries Ni-Cd incinérées et mises en décharge avant 2006 pollueront encore les sols et les eaux pendant des centaines d’années.
Quelques articles et documents utiles
Pourquoi y a-t-il du cadmium dans les sols et comment le retrouve-t-on dans l’alimentation ? INRAE (2026)
Étude de l’alimentation totale française 3 ANSES (2019)
Analyse de la qualité de l’eau du Rhône BRL (2025)
Évaluation de la qualité des zones de production conchylicole – Occitanie Période 2022-2024